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À propos Alan Braxe

Alan Braxe — portrait

La vie d'Alain Queme alias Alan Braxe aurait pu être celle d'un garçon de bonne famille de la banlieue parisienne, au destin tout tracé. Lui, a choisi un chemin de traverse, habité par un amour certain pour la musique. Alain a grandi dans les années 1980, et parmi les groupes qu'il aime alors, il y a quelques musiciens de funk et de disco mais aussi du punk anglais que son frère ainé lui fait découvrir - notamment les groupes Wire et Heaven 17. Aimer les uns et les autres était une chose alors antinomique, voire impossible. Pas pour lui, qui absorbait tout, et trouvait dans ces mélanges, son goût, son désir. Après son bac, Alain entre en fac, mais découvre aussi autre chose, la nuit, les soirées, les raves. Sa première année universitaire se passe donc la nuit, et ressemble à une longue rave pigmentée par la musique techno ou house venue de Detroit et Chicago. Cette nuit d'un an se déroule dans des clubs désormais mythiques comme le Boy. Il y croise des jeunes gens comme lui, qui deviennent ses amis. Parmi eux, deux autres gamins qui forment alors leur groupe, un duo nommé Daft Punk. La musique, Alain veut aussi en faire, il le sent et c'est là qu'il est le plus studieux, le plus méticuleux. Il se lance, avec peu d'éléments, et une poignée de machines : une table de mixage, un sampler Emu SP1200 que lui recommande Thomas Bangalter, moitié de Daft Punk, et un compresseur. Alain, alors, travaille, produit, compose. Thomas, qui écoute, lui propose de sortir un maxi sur son label, Roulé. Le morceau s'appelle Vertigo, et il donne le vertige au jeune Alain qui s'en souvient avec émotion - « sortir un disque sur Roulé était mon rêve le plus fou ». Dans la foulée de Vertigo, deux garçons, Jess et Crab, qui ont une soirée au Rex Club lui proposent un concert. Pour cela, Alan Braxe demande l'aide de Benjamin Cohen alias Benjamin Diamond, au chant, et Thomas Bangalter, lui aussi aux machines. Un trio se forme, cherche des idées pour le concert, tombe sur un disque de Chaka Khan, dont il extraie une boucle. Sur scène, au Rex, en direct, ça donne naissance à un morceau qui s'appellera Music Sounds Better With You. Titre imparable, tube interplanétaire... Alan, profitant du succès, prend une autre tangente pour construire pleinement sa propre liberté. Il fonde un label, le sien, Vulture. « J'avais en tête un label que j'adorais, de Detroit : Underground Resistance. Pour ces deux mots, underground et résistance. Rester indépendant, résister, se battre pour sortir les choses que l'on aime vraiment. » Avec ce label, il perpétue aussi l'idée de faire la musique avec quelqu'un d'autre, un autre ami. Avec Fred Falke, un copain rencontré durant leur service militaire, ils tournent autour de quelques machines et une basse. Même choc que pour Stardust et Music Sounds Better With You : à partir d'un sample, ils construisent un premier morceau, Intro, qui devient la première référence du label, en 2000. Et un autre tube qui s'écoule alors à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires. Au début des années 2000, une large partie de la planète semble danser sur Intro après l'avoir fait sur Music Sounds Better With You. Deux tubes, deux morceaux d'anthologie, coup sur coup. Plusieurs disques sortent ensuite, Palladium/Penthouse Serenade, Rubicon, Love Lost. Mais aussi In Love With You, avec le chanteur Romuald, sous le nom The Paradise. Des maxis plutôt qu'un album, même si la plupart de ces morceaux seront regroupés, grâce à l'idée et l'impulsion de sa cousine Delphine Quême, qui manage alors son label, sous le titre The Uppercuts, compilation devenue légendaire avec les années, sortie une première fois en 2005 et rééditée quasiment 20 ans plus tard, en 2023. Malgré les années, Alan Braxe n'a jamais sorti d'albums en tant que tel : son format, c'est le morceau qui tient en une face, comme par fidélité à Underground Resistance, à ses débuts dans la techno. Son autre format de prédilection, c'est le remix : depuis ses débuts, il en produit constamment, pour des artistes très variés, allant de Britney Spears à Test Icicle, Bjork à Beyoncé, Goldfrapp, Royksopp, Kelis, Charlotte Gainsbourg, Hot Chip, Ford & Lopatin, Cerrone... Peu à peu, il s'est aussi mis à jouer en tant que DJ, à partir de 2006 - un exercice au début contre sa nature, mais qui lui va bien, tout de même. Et avec lequel il a traversé les années 2010. Un exercice aussi qui lui a permis de garder sa liberté de production, de continuer à sortir des disques à son rythme, et de tenter des sonorités plus expérimentales, comme sur The Ascent, un disque de quatre morceaux, dans une veine plus contemplative, produit avec un seul instrument, un synthétiseur Buchla. Alan Braxe fait partie de ces artistes solitaires, et indépendants qui chérissent leur indépendance, et n'aiment pas complètement leur solitude, préfèrant la vivre avec d'autres. Sa carrière, très libre, est ainsi émaillée de collaborations, et l'une des plus longues, finalement, remonte au début des années 2010, lorsqu'il décide de faire de la musique avec son cousin, un certain DJ Falcon, autre célébrité du circuit French Touch. Un album est prévu de longue date, mais fidèle à l'esprit des débuts, ils n'ont pour le moment sorti que des maxis, dont le très céleste Step by Step (2022) chanté par Panda Bear, mais aussi un très mystérieux maxi sous le nom UFO (2025) - en fait une collaboration avec leurs camarades de toujours, les musiciens de Phoenix. « UFO, c'est une démo qui est partie chez Phoenix. Ils ont renvoyé un vocal et on s'est dit un peu naïvement, que ce serait une chouette collaboration, que ça ferait sens que ça devienne un groupe, un projet, même si on ignore s'il y aura d'autres choses. Ça s'est décidé dans un café, comme ça, de façon super romantique et poétique ». Le disque, comme tous ceux d'Alan Braxe depuis une poignée d'années, sort sur Smuggler's Way, un label monté avec la branche américaine de la maison de disques Domino où l'on retrouve désormais tous les disques d'Alan Braxe. Cette collaboration, Alan Braxe est allé la chercher en contactant Laurence Bell, le patron historique de Domino, proposant une collaboration. Ce dernier l'a alors présenté à Peter Bernard, qui manage la branche US du label Domino. C'est avec lui que la réédition d'Uppercuts a vu le jour, et que le duo Braxe + Falcon s'est mieux installé. Tout cela s'est fait patiemment, à la façon d'une renaissance, ou d'une nouvelle étape en tout cas, dans la vie d'un garçon qui a toujours fonctionné avec les autres, tout en conservant jalousement sa solitude - et son indépendance, comme pour mieux maitriser ses émotions, ses désirs. Ses morceaux racontent tous ce cheminement : Vertigo, Intro, Paradise, Step by Step, Voices ou même les remixes pour Britney Spears disent tous ce mélange caractéristique de la musique d'Alan Braxe, oscillant entre extase et résilience, mélancolie et espoir, souffrance et joie absolue. Après tout, c'est bien avec cela, les failles et les creux, les ralentis et les dynamiques, que l'on invente les musiques les plus entêtantes qui soient, et d'abord pour soi-même.